Les prodiges de la vie

Couverture du livre "Les prodiges de la vie"
Le livre présenté par Elisabeth, « Les prodiges de la vie » de Stefan Zweig paru le 1er septembre 1996 aux éditions Livre de Poche
94 pages

Cette nouvelle est parmi les toutes premières écrites par Stephan Zweig à 23 ans en 1904.

Elle se déroule à Anvers, à la veille de la guerre d’indépendance des Pays-Bas. Articulé autour de la création et de la destruction d’un tableau religieux, ce récit poétique raconte comment un vieux peintre, chargé de faire le portrait d’une madone pour une église, la voit s’incarner sous les traits d’une jeune juive.

L’élaboration du tableau est difficile. Pour la jeune fille, rechapée d’un pogrome et restée à l’écart de la vie réelle, il s’agit d’une véritable initiation. Saura-t-elle y faire face ?

La plupart des thèmes chers à Stefan Zweig sont déjà présents dans ce texte qui est également une réflexion métaphysique sur ce que certains nomment le hasard, et, d’autres, le destin.

Son avis :
Un peintre âgé est choisi par un négociant pour réaliser un tableau dont le thème est une madone à l’enfant.

La rencontre par hasard avec une jeune juive sauvée d’un pogrome par un aubergiste va réactiver sa créativité. La jeune fille quant à elle s’éveille au contact du peintre.

Le lien fait penser à celui qui unit le Petit Prince au renard du livre de Saint-Exupéry, délicatesse, force des sentiments et de leur expression notamment.

Ce récit porte en lui l’œuvre future de l’auteur : une hypersensibilité qui l’amène à analyser l’intériorité des personnages, description fine des lieux avec évocation de la lumière qui illumine et magnifie l’environnement.

Cette hypersensibilité l’amène à considérer l’enchaînement de prodiges sensuels et émotionnels trop forts pour être supportés avec sérénité.

Pour résumer, les thèmes sont :

  • La beauté de la vie, éphémère et magnifique, sans manifestations spectaculaires. L’essentiel est de ressentir, pas de maîtriser les événements.
  • L’intensité de la vie est inséparable de la conscience de sa brièveté.

Il s’agit ici d’une philosophie du moment : reconnaître les prodiges de la vie même si on ne peut les retenir. La vie est un miracle en soi.

Le style riche de cet auteur de 23 ans témoigne du futur de l’œuvre, mais est parfois un peu ampoulé. La structure de ce court récit est peut-être moins précise et rigoureuse que les œuvres de la maturité, mais on s’y plonge néanmoins avec délice.

Ce livre m’a donné plus de fils à retordre que je ne l’avais imaginé ; l’histoire en apparence simple débouche sur des considérations philosophiques et poétiques qu’il faut dégager du récit.

Extraits :

« Le regard d’une mère. Une grande œuvre empreinte de calme — toutes simple — naissait. […] Mais les couleurs étaient d’une douceur et d’une pureté comme il n’en avait jamais trouvé […] ».

« Le prêche matinal était, lui aussi, froid, rude, sans un rayon de soleil ; il était consacré aux protestants et une colère sauvage le sous-tendait : la haine s’y associait à une grande assurance, car le temps de la clémence semblait révolue et d’Espagne parvenait aux ecclésiastiques l’heureux message que le nouveau roi servait les œuvres de l’Église avec une rigueur digne de louanges. Aux représentations menaçantes du Jugement dernier se mêlaient des paroles sombres de mise en garde pour les temps à venir ».

Sa note : 4,5/5

Partager c'est aimer !