Soif

Le livre présenté par Elisabeth, « Soif » d’Amélie Nothomb, paru le 21 août 2019 aux éditions Albin Michel
152 pages

Résumé :
« Pour éprouver la soif il faut être vivant. »

Son avis :
La personnalité iconoclaste de l’auteur est tout entière dans ce livre : des réflexions bouillonnantes et des questionnements que l’on rencontre peu car Amélie Nothomb n’a pas une pensée commune. Le lecteur reconnaîtra bien sûr très vite que les pensées censées être celles du Christ sont en réalité le fruit des réflexions de l’auteur.

Si le récit de la dernière journée du Christ est connu de tous, le lecteur ne s’attend pas à un regard aussi religieusement incorrect mais tout-à-fait passionnant.

Le roman s’appuie sur un trépied simple en apparence : l’amour, la mort et plus original « la soif », le dernier mot du Christ sur La Croix.

La Soif :
Selon l’auteur, étancher sa soif est Dieu et ça n’est pas une métaphore : « l’amour que vous éprouvez à cet instant précis pour la gorgée, c’est Dieu. », « l’éblouissement ressenti, c’est Dieu », le reconnaître est le Christ. Retardez le moment de la jouissance, l’amour pour Dieu n’en sera que plus puissant.
Le Christ est venu pour enseigner cet élan mystique.

L’amour :
A. Nothomb fait dire au Christ que si Dieu est amour, il n’aime pas pour une raison évidente : il n’a pas de corps. La passion du Christ et de Marie-Madeleine passe par la vue, elle est extrêmement belle, elle le trouve beau, par la douceur du contact, par le bonheur de se réveiller l’un près de l’autre.
Un très beau passage illustre cet amour très humain et sublime :
«Les lèvres de Marie-Madeleine esquissent des paroles que je n’entends pas. Comme c’est à moi qu’elle s’adresse, je vois la trajectoire dorée de ses mots se diriger vers moi. Le crépitement d’étincelles dure plus longtemps que sa phrase, je reçois en pleine poitrine leur impact. Fasciné, je l’imite. Je prononce des mots inaudibles à son adresse et je les vois sortir de moi sous la forme d’un faisceau d’or et je sais qu’elle les incorpore. »

La mort :
Le regard du Christ/A Nothomb sur Dieu et la crucifixion n’est pas moins original et irrévérencieux.
Elle fait dire au Christ qu’au départ l’incarnation est une idée de génie mais qu’au final c’est une bévue, un acte pervers, sadique et inutile, comparable aux vegans qui voudraient convaincre de ne plus manger de viande en immolant un agneau.
Inutile, car en quoi ce sacrifice qu’elle qualifie d’infect peut-il sauver les âmes ? Elle prête ses propos au Christ : « Comment croire que mon supplice expie quoi que ce soit ? L’infini de la souffrance n’efface en rien celle des malheureux qui l’ont endurée avant moi et qui l’endureront dans l’avenir. »

Concernant le regard du Christ/A. Nothomb sur le sacrifice, est encore plus acéré :
quel est donc le sentiment de culpabilité qui lui a fait accepter ce rôle accompagné d’aussi horribles souffrances ?
« Aime ton prochain comme toi-même » est en totale opposition à « je me hais au point de m’infliger cette atrocité ».
« L’idée même d’une expiation répugne par son absurde sadisme. » fait dire l’auteur au Christ et quel exemple pour les siècles à venir «Ce que je vis est laid et grossier… ce qui m’écrase le plus est de savoir qu’on va en parler pour des siècles et des siècles, et pas pour décrier mon sort. Aucune souffrance humaine ne fera l’objet d’une aussi colossale glorification..: »!

Avec son style rebondissant, son humour omniprésent, une apparence légère, la très originale Amélie Nothomb démystifie le récit fondateur du christianisme, nous amène à nous questionner, à réfléchir sur cette religion et par conséquent sur toutes les autres.

Sa note : 4,5/5

Le début du livre 

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