Le salaire de la peur

Le livre présenté par Christine lors de l’apéritif littéraire virtuel du 2 novembre, Le salaire de la peur de Georges Arnaud première édition Juilliard 1950.

Résumé
Las Piedras, port d’échouage. Ils sont des centaines, venus d’on ne sait où, oublier sous les tropiques l’impasse de leur existence.

Pour une poignée de dollars, ces sans-grade sont prêts à tout.

Prêts à affronter des kilomètres de piste impraticables, au volant d’un camion délabré, pour convoyer de la nitroglycérine. Au moindre écart, au moindre choc, c’est la mort. Une épopée de l’angoisse pure…

Son avis :
En cette période d’incertitude plus ou moins anxiogène, je viens de relire « un classique » du drame humain.
Peu de livres ont su si bien traduire la fatalité du destin et cette nécessité de composer avec tout ce que l’inattendu du quotidien peut avoir d’insurmontable : la dangerosité extrême d’une situation, la médiocrité (et parfois la tolérance) humaine, les malchances dans le déroulement d’une mission importante, où l’angoisse et l’absurde ne laissent aucun répit.
Vous pensiez à un livre sur le/la (les) Covid ?
Non, il s’agit du « Salaire de la peur », de Georges Arnaud (1950).

En Amérique du Sud, des hommes ayant fui leur passé croupissent en travaillant dans des conditions épuisantes pour une société américaine d’exploitation de pétrole, et rêvent d’illusoires lendemains heureux. « À ras de terre, ils vivent sous le soleil du tropique, d’une existence virile et triviale, en ombre chinoise» dira l’auteur parlant de ses personnages (source : PocketSource : G.P).

À 500 kilomètres de leur campement, un puits de pétrole prend feu. Pour échapper à leur condition, et contre une importante rémunération, 4 hommes acceptent de véhiculer, dans un camion ordinaire, au péril de leur vie, un chargement de nitroglycérine sur des routes défoncées, afin qu’à l’arrivée le feu puisse être étouffé.

Commence un périple où la démesure est partout : dans l’action, dans le lieu, dans la médiocrité comme dans la puissance de ce que ressentent les personnages.
Nous connaissons tous l’histoire, et sa fin (c’est ça, les chefs d’œuvres).

Puis je mettre 6/5 ? Non ?
5/5 alors, pour tout: l’histoire, l’ambiance, la dramaturgie, le tragique béant de la condition d’être, l’écriture…

Sa note : 5/5

En savoir plus…
Le Salaire de la peur (1950) Ce roman, qui connut un immense succès à sa parution, fut adapté par Clouzot en 1952 et obtint la Palme d’or à Cannes la même année (et Charles Vanel un prix d’interprétation). C’est l’histoire de l’équipée de deux hommes transportant en camion un chargement de nitroglycérine au Guatemala.

Le Voyage du mauvais larron (1952) Les Oreilles sur le dos (1953) Nouvelle-Grenade : deux aventuriers sans scrupules fuient à travers le pays après avoir pillé une banque, volé un camion (et accessoirement exécuté un homme).

La Plus Grande Pente (1961) Recueil de nouvelles.

Ces quatre romans sont accompagnés des textes suivants :
Schtilibem 41 et Prisons 53 (1953) traitent de l’univers carcéral.
Mon procès (1961) raconte la lutte d’Arnaud contre la torture en Algérie et le procès retentissant qui s’ensuivit.
« Tropical Tramps. Vagabonds de la zone tropicale. Personnel de toutes les révolutions du continent. Hommes de main. Tous travaux lucratifs. Un sens de l’honneur exigeant, mais aux sinuosités déconcertantes. Brutes au coeur d’enfant. Colt .45 et bla-bla-bla. Une pensée à ma mère, ni Dieu ni maître, pas vu pas pris. Il faut tous ces mots français et encore bien d’autres pour commencer à traduire, même imparfaitement, ce titre américain qui, plus qu’une profession, désigne l’aptitude à les remplir toutes et la vocation du sublime étroitement mêlée à celle de l’ignoble. » Les Oreilles sur le dos