Effacer les hommes

Le livre présenté par Jeanne, Effacer les hommes de Jean-Christophe Tixier, paru le 3 mars 2021 aux éditions Albin Michel.

Résumé :
«Cette terre n’avait pas besoin de fantaisie pour demeurer ce qu’elle avait toujours été».
Eté 65, quelque part dans l’Aveyron.Trois femmes se déchirent autour de l’héritage d’une auberge. À proximité, un barrage qu’on vidange. Et l’eau du lac qui baisse inexorablement, dévoilant progressivement les secrets du passé…

Son avis :
Il m’arrive rarement de prendre la plume pour parler d’un auteur. La flemme, le manque de temps…

Là je vais vous parler de « Effacer les hommes » de Jean-Christophe Tixier.

Je l’ai ouvert par curiosité, ce livre. En me disant que cette histoire de trois femmes qui s’affrontent dans les années soixante au fin fond de l’Aveyron ( pour moi le Kazakhstan serait plus familier ) près d’un barrage qu’un ingénieur est chargé de vider est très très loin de mon univers et de mes repères urbains ( Paris, Bordeaux ) et océaniques ( Le Cap Ferret)

Et puis…
Les personnages m’ont empoignée dès les premières pages. Pour leur violence. Celle de Victoire, la vieille femme qui se meurt dans sa chambre à petit feu d’une maladie jamais nommée et qui se consume de n’être plus rien. Victoire qui s’est libérée du travail à la chaîne en usine qui détruit le corps, l’âme et l’intelligence, mais à quel prix ! La violence d’Eve, la jeune fille qui ne sait rien de sa beauté et qui enrage d’être assignée par Victoire, sa tante castratrice ( que j’ai détestée dès la première ligne, elle me rappelle tellement ma mère !) à un destin qu’elle abhorre et refuse de toutes ses forces : reprendre une auberge que les clients ont désertée et assumer la charge d’un frère benêt, sale et ivrogne lorsque Victoire ne sera plus là pour le protéger. Eve qui se bat pour sa liberté avec l’aide des icônes de la modernité qu’elle s’est forgées : Barbarella, la voyageuse de l’espace, indomptable poupée hypersexuée et les Stones dont elle se répète mentalement en boucle les paroles libératrices -sa-tis-fac-tion et les rythmes puissants et déchaînés -bam bam bam bam.

Et enfin la violence masochiste de Marie , la religieuse qui s’est soumise et a renoncé très tôt la lutte pour s’abîmer dans une gloutonnerie compulsive qui l’a rendue obèse et dans la soumission à un Dieu qui ne la voit pas, qu’elle ne comprend pas, qui ne lui apporte rien, même pas la paix.

Tout ça avec des allers retours entre Le Front Populaire, les luttes de 1936 et le rêve avorté de la libération ouvrière et les années soixante et leur aspiration au confort et au bonheur à base de plastique, de formica, de postes à transistor, de disques en vinyle, et de consumérisme dont on s’apercevra trop tard qu’il est destructeur .

L’écriture est classique, maîtrisée, élégante, la tension permanente. Et il y a un souffle qui vous porte jusqu’à la fin du récit. Un beau livre, puissant et abouti.

Chapeau Jean-Christophe Tixier.

Sa note : 4,5/5

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