L’ordre du jour

Le livre présenté par Elisabeth, L’ordre du jour d’Eric Vuillard paru le 29 avril 2017 aux éditions Actes Sud.
160 pages

Résumé :
L’Allemagne nazie a sa légende.

On y voit une armée rapide, moderne, dont le triomphe parait inexorable. Mais si au fondement de ses premiers exploits se découvraient plutôt des marchandages, de vulgaires combinaisons d’intérêts ?

Et si les glorieuses images de la Wehrmacht entrant triomphalement en Autriche dissimulaient un immense embouteillage de panzers ?

Une simple panne !

Une démonstration magistrale et grinçante des coulisses de l’Anschluss par l’auteur de Tristesse de la terre et de 14 juillet.

Avis :
Le rythme de ce roman au ton ironique et cinglant est celui d’un train lancé à grande vitesse.

Le début a pour cadre le Reichstag en 1933 et pour acteurs 24 grands industriels, les Krupp, Siemens, Agfa, Telefunken, Opel… portraits peu flatteurs décrits avec esprit et dérision.

Ils sont conviés par Goering pour soutenir financièrement la campagne d’Hitler qui leur fait l’honneur d’un passage éclair.

L’auteur précise que leur production est toujours actuelle : ce sont nos voitures, nos machines à laver, nos postes TV, nos matériels électroniques.

La suite n’est pas moins intéressante.

E. Vuillard dénonce les lâchetés successives qui ont amené aux atrocités connues;
Celle du vieux lord Halifax, aristocrate anglais, Président du Conseil, discrètement complice sous couvert de « politique d’apaisement », celle du Chancelier autrichien Schuschnigg qu’Hitler humilie et qui recule devant ses exigences, notamment celle de désigner à sa place Seyss-Inquart, officier nazi, comme ministre de l’intérieur de l’Autriche, celle du Président autrichien Mikla qui cède à la demande.

S’il ne fait aucun doute qu’Hitler veuille envahir l’Autriche, son exigence est du point de vue de la forme qu’on l’y invite. La « résistance » de Mikla sera de faire attendre l’invitation.

À l’arrivée laborieuse des panzers agglutinés à la frontière car défectueux répond l’impatience des autrichiens qui saluent l’envahisseur présenté comme un sauveur du régime autoritaire autrichien.

Pendant ce temps-là, au 10 Downing Street Sir Cadogan et le 1er ministre Chamberlain dînent !

L’invité d’honneur Ribbentrop qui quitte l’Angleterre car il devient ministre des affaires étrangères d’Hitler, fait traîner la décision de son départ et s’en amuse sachant que ses hôtes viennent de recevoir une lettre annonçant l’entrée d’Hitler en Autriche.

Cet ouvrage se termine par l’évocation en 1944 des personnages initiaux, les Daimler, les Bayer, Agfa, Telefunken… et notamment par celle de Gustav Krupp, incontinent et gâteux, effrayé par les fantômes des milliers de travailleurs forcés loués aux camps de concentration, crevant de faim et de maladies.

Livre saisissant et fort au style dense et puissant qui fait revivre la première étape de l’envahissement de l’Europe, soulignant les petits pas, les lâchetés, les légèretés qui ont abouti aux catastrophes connues !

Sa note : 5/5 coup de ❤️

Début du livre

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