Yoga

Le livre présenté par Sylvie, Yoga d’Emmanuel Carrere aux éditions P.O.L.

Son avis :
Emmanuel Carrere souhaitait « écrire un petit livre souriant et subtil sur le yoga » or Yoga est bien plus que cela !

Le texte commence bien par le récit d’une semaine de méditation loin de tout avec d’autres adeptes ; dès le deuxième jour, le réel, avec les attentats de Charlie Hebdo, va venir se rappeler violemment.

Dés lors c’est l’itinéraire d’une chute : hospitalisé quatre mois à Saint Anne, parce qu’il a « envie de mourir », Emmanuel Carrere reprend peu à peu le gout de la vie.
C’est son séjour dans l’ile grecque de Lesbos, auprès de migrants qui marque la son retour à l’envie et au gout de vivre. Il nous livre deux pages sublimes sur la magie de l’amour physique et l’alliance du yin et du yang.

Pour lui, la méditation permet de « susciter en soi une espéce de témoin qui observe le tourbillon de nos pensées sans se laisser emporter par elles ». il nous dit aussi : « Je me sauve de la tristesse par l’ironie »
Yoga, ce « roman de ceux qui se trouvent égarés », quel livre ! Simple, tortueux, fluide… Si important !

Sa note : 4,5/5

Résumé
C’est l’histoire d’un livre sur le yoga et la dépression. la méditation et le terrorisme.

L’aspiration à l’unité et le trouble bipolaire. Des choses qui n’ont pas l’air d’aller ensemble, et pourtant.

C’est l’histoire d’un écrivain qui voit avec satisfaction qu’il a peut-être enfin réussi sa vie, trouvé un équilibre, et qui voudrait bien écrire un livre  » souriant et subtil sur le yoga  » qu’il pratique depuis 25 ans.

Il dirait ceci :  » Ce que j’appelle yoga n’est pas seulement la bienfaisante gymnastique que nous sommes si nombreux à pratiquer, mais un ensemble de disciplines visant l’élargissement et l’unification de la conscience. Le yoga dit que nous sommes autre chose que notre petit moi confus, apeuré, et qu’à cet autre chose nous pouvons accéder. « 

Mais à peine lancé dans cette histoire, le beau tableau craque, les failles ressurgissent, les mensonges et les trahisons réapparaissent, l’abîme s’ouvre.

La vie dérape. La vie intime et amoureuse, et la vie du monde également : terrorisme (attentats de Charlie Hebdo en 2015), crise migratoire… Et si tout n’était qu’illusions ? L’écrivain est hospitalisé à Sainte-Anne, et traité aux ECT : électro-convulso-thérapie, autrefois appelés électrochocs. Il raconte son séjour halluciné, son désir suicidaire, l’impossibilité de se rassembler, de se réunifier.

Son mariage, dont il était si fier, se brise. Il doit aussi rompre avec sa maîtresse avec qui il entretenait une relation érotique extrême et solaire. Il faut partir, tenter de divertir l’horreur. Un reportage infructueux en Irak à la recherche d’un mystérieux  » Coran de sang « , un séjour sur une île grecque parmi de jeunes migrants qui racontent leur périple, le souvenir obsédant de cette maîtresse sensuelle, et tous les fantômes d’une vie fracassée.

C’est finalement le roman du mal terrifiant dont souffre Emmanuel Carrère raconté par Emmanuel Carrère lui-même :  » Ce mal dont je suis atteint à défaut d’en guérir, je peux le décrire « . Dépression, bipolarité. Emmanuel Carrère affronte dans ce roman le jeu dangereux entre fiction et réel. Comment la fiction peut venir au secours des déchirements et des impasses du réel ? Mais au-delà, c’est le roman de l’énigme de toute vie, de tout homme.

Le roman d’une exploration psychique de soi sans concessions, de ses terreurs, de ses mensonges, et des efforts pour devenir meilleur, quelqu’un de bien. Une expérience littéraire limite pour toucher l’âme humaine, interroger notre désir de salut, d’équilibre, et les techniques pour y parvenir. Mais pourquoi le yoga alors ? Parce que  » quand on parle de deux choses en disant qu’elles n’ont rien à voir, il y a de fortes chances pour qu’elles aient tout à voir, au contraire « .

Ce qu’enseigne aussi le yoga. Non seulement Emmanuel Carrère propose un récit personnel de ce qu’est le yoga pour lui mais il en fait un formidable miroir romanesque pour raconter l’horreur de soi autant que la patience avec laquelle nous voulons aimer les autres, nous sauver, réussir notre vie. Un livre aimant, drôle et terrifiant, infiniment sincère sur la difficulté bouleversante d’être soi. Jamais Emmanuel Carrère n’était allé aussi loin sur cette voie.

Le début du livre

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