Le laboureur et les mangeurs de vent

Le choix de Chantal, « Le laboureur et les mangeurs de vent » de Boris Cyrulnik parule 16 mars 2022 aux éditions Odile Jacob
272 pages

Résumé :
« À 7 ans, j’ai été condamné à mort pour un crime que j’ignorais. Ce n’était pas une fantaisie d’enfant qui joue à imaginer le monde, c’était une bien réelle condamnation. » B. C.

Boris Cyrulnik a échappé à la mort que lui promettait une idéologie meurtrière. Un enfant qu’on a voulu tuer et qui toute sa vie a cherché à comprendre pourquoi, pourquoi une telle idéologie a pu prospérer.

Pourquoi certains deviennent-ils des « mangeurs de vent », qui se conforment au discours ambiant, aux pensées réflexes, parfois jusqu’à l’aveuglement, au meurtre, au génocide ?

Pourquoi d’autres parviennent-ils à s’en affranchir et à penser par eux-mêmes ?
Certains ont tellement besoin d’appartenir à un groupe, comme ils ont appartenu à leur mère, qu’ils recherchent, voire chérissent, le confort de l’embrigadement. Ils acceptent mensonges et manipulations, plongeant dans le malheur des sociétés entières.

La servitude volontaire engourdit la pensée. « Quand on hurle avec les loups, on finit par se sentir loup. » Penser par soi-même, c’est souvent s’isoler. Seuls ceux qui ont acquis assez de confiance en soi osent tenter l’aventure de l’autonomie.

Au-delà de l’histoire, c’est notre présent que Boris Cyrulnik éclaire.

À travers sa tragique expérience de vie, hors des chemins battus, Boris Cyrulnik nous montre comment on peut conquérir la force de penser par soi-même, la volonté de repousser l’emprise, de trouver le chemin de la liberté intérieure.

Un livre profond et émouvant. Un livre fondateur.

Son avis :
Le laboureur parle de ce qu’il sait

Boris Cyrulnik nous dit que deux ou trois mots suffisent pour thématiser une existence.

Pour lui ce sont : mort-juif-résilience.

Pour vous quels seraient-ils ? Y avez-vous déjà songé ?

Ce livre vous donne des clefs pour vous interroger sur votre vie, sur le présent et l’avenir.

Décortiquer, c’est la réflexion et les engagements que vous prenez au cours de votre vie.

Pour cela, avez-vous été un enfant sécure ou insécure ?

Quelle que soit la réponse, vous avez plus de risque d’appartenir à la cohorte des « mangeurs de vent » mais ce n’est pas une fatalité.

Rien ne vous oblige à vous nourrir de phrases toutes faites, de plier sous le joug des tendances à la mode.

L’auteur illustre cette partie avec beaucoup d’exemple tirés des écrits et de la vie d’ Hannah Arendt.

« Hannah se sert de sa pensée comme un paysan, un laboureur qui sait quand une terre est grasse ou sablonneuse parce qu’il a établi avec elle un commerce charnel, il l’a sentie sous ses pieds, il l’a palpée avec ses doigts, il a reniflé son odeur, ce qui lui a procuré une connaissance sensorielle, concrète, matérielle. »

Il raconte la stupeur d’Hannah, lorsqu’elle a assisté au procès de Eichmann, et qu’elle a découvert un petit homme insignifiant, avec un vocabulaire pauvre, uniquement de celui d’un gestionnaire soumis.

Boris Cyrulnik revisite les grands évènements et nous éclaire sur « la banalité du mal ».

Il démontre, toujours avec l’exemple d’Hannah Arendt, comment ne pas vouloir se contenter d’une vision simplificatrice, vous isole.

Analyser, notamment les phénomènes sociétaux.

« Depuis qu’une littérature raconte que les jeunes peuvent choisir leur genre, un nombre croissant de préadolescentes prennent des doses élevées de testostérone. Elles constatent que leur voix devient grave, leurs règles disparaissent et que du poil pousse sous leur nez. »

Douter, autrefois la sagesse populaire préconisait de « Ne rien prendre pour argent comptant ».

Notre environnement numérique, virtuel nous fait vivre en groupe et en même temps à vivre sans les autres. Sans pouvoir décrypter les visages et les éventuels signes d’incongruence, à s’intéresser à l’autre sans jugement, juste avec empathie. Tout ce savoir, cette source de richesses se perd.

Engranger, pour cela il faut avoir des interactions et des bases pour analyser les situations qui se présentent.

Sans les autres c’est la mort.

La sécurisation de l’enfant est la base.

Apprendre à penser par soi-même, confronter ses idées, etc.

Sortir du silence.

Le savoir de terrain est indispensable, mais notre monde actuel est davantage peuplé de mangeurs de vent que de laboureurs.

Et la tendance est à ne pas écouter les laboureurs.

En refermant ce livre, vous vous interrogerez sur les outils que vous possédez pour agir sur le réel.

Votre degré de liberté engendre votre degré de responsabilité.

Une réflexion éclairante, un besoin vital.

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