Le livre présenté par Jean-Philippe, « La rive sombre de l’Ebre » de Serge Legrand-Vall paru le 5 septembre 2023 aux éditions Cairn
274 pages
Résumé :
Avril 1938. L’offensive des troupes franquistes sur le haut-Aragon fait fuir des milliers d’Espagnols vers la France par les cols pyrénéens.
Au cours de cette première «retirada», une femme épuisée accouche en pleine montagne, dans la neige. L’enfant sera français. Son père, resté sur le front, ne reviendra pas de la bataille de l’Èbre.
À partir de ces faits, l’auteur retrace l’itinéraire d’une femme et de ses parents réfugiés qui ont décidé, pour rebâtir leur vie en France, de ne plus jamais parler des déchirements de la guerre.
Le poids de ce silence suscitera chez Antoine, le fils devenu adulte, une vocation de journaliste. La mort prématurée de sa mère lui offre la possibilité de rompre ce pacte d’oubli. Vingt-six ans plus tard, guidé par des lettres retrouvées de son père, il part en Espagne pour comprendre ce que personne n’a pu lui raconter.
Son avis :
Mars 1964, Bordeaux : On y découvre un tout jeune journaliste,
Antoine sur les quais venu préparer un article sur les derniers paquebots de ligne, au départ de Bordeaux. La seule chose qu’il en connaît, c’est l’épopée du Winnipeg, cargo qui avait convoyé en 1939 2500 réfugiés espagnols de Bordeaux à Valparaiso.
Au retour du reportage, un appel de son père, Émile, lui apprend le décès de sa mère, Inès.
Il loge dans une chambre de bonne chez un ami de son grand-père, lui-même espagnol, aux Capucins. Quartier connu sous le nom de « Petite Espagne », peuplé de familles venues à Bordeaux y trouver une vie meilleure. Ces émigrés espagnols avaient maintenu des liens étroits avec le pays et y faisaient des séjours réguliers. Tout autre était la situation des réfugiés pour qui l’exil en France n’était pas un choix et à qui le retour était interdit. Leur sacrifice, tout comme leurs idéaux politiques en faisaient une communauté à part.
Antoine a une amie, Marie, fille de réfugiés. Il va retourner dans le petit village de l’Ariège où vit son père. Et on va découvrir l’histoire de cet Antoine.
Né en avril 1938, dans la neige, en France, après que sa mère et ses grands-parents aient franchi le col avec un groupe d’une trentaine de réfugiés qui fuyaient les atrocités franquistes après que le front d’Aragon ait craqué.
On y découvre Émile, son « père » : Ton père, comme disait Inès, c’était donc deux personnes : L’un était vivant et avait toujours été là, c’était papa ; L’autre, c’était une photo au mur et une histoire, c’était Antonio.
Après l’enterrement, il va découvrir des correspondances entre son père et Inès, dont une datée d’août 1937 fait apparaître un nouveau personnage : un certain Gonzalo :
« Cette guerre permet à n’importe quel crétin de se transformer en une ordure fasciste. Je te jure que ce salaud de Gonzalo ne s’en tirera pas comme ça. Je trouverai un moyen. »
Cela va décider le jeune journaliste à partir à Mora del Ebre, essayer de débrouiller cet écheveau.
C’est un parcours initiatique sur les traces de sa famille dans une Espagne encore fortement marquée par les affrontements passés. Parcours plein de rebondissements qui lui feront refaire le parcours de sa mère en repassant par le col où il a vu le jour.
Très bien écrit, très instructif au plan historique, il aborde avec beaucoup de sensibilité le thème de la paternité, de la mémoire, et de la transmission.
Sa note : Coup de cœur 5/5
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