Sensibilités

Couverture du livre "Sensibilités"
Le livre présenté par Nathalie M. « Sensibilités »de Tania de Montaigne paru le 27 septembre 2023 aux éditions Grasset.
176 pages

Résumé :
Il était une fois une femme qui avait décidé de faire le BIEN.

Et c’est toujours bien de faire le BIEN, n’est-ce pas ?

Cette femme travaillait dans une prestigieuse maison d’édition cotée en bourse, Feel Good était son nom. Chez Feel Good, on tenait par-dessus tout à ce que les actionnaires et les lecteurs soient heureux et calmes.

Oui, on y mettait un point d’honneur. Mais, après tout, être heureux et calmes, n’est-ce pas ce que nous voulons tous ?

Cette femme, celle qui voulait faire le BIEN, se disait que les livres devaient être la première étape du chemin qui mènerait au bonheur. Déterminée, méthodique, rigoureuse, elle avait décidé que sa mission serait de nettoyer chaque mot de chaque texte pour que plus jamais personne ne soit heurté dans sa sensibilité.

Corriger, à la source, chaque manuscrit dans un esprit Feel Good afin que tout le monde se sente bien, confortable. Se sentir bien, c’est important, n’est-ce pas ?

Désormais, la seule et unique question qui la guiderait serait : est-ce que ce texte, cette phrase, ce mot peut être source d’inconfort ?

Car l’inconfort n’était pas bon pour les lecteurs, pas bon pour les actionnaires, pas bon pour la vie sociale, il n’était pas Feel Good. Et être Feel Good, c’est ce que nous voulons tous, n’est-ce pas ?

Mais on n’efface pas les maux de la société comme on efface les mots des manuscrits. Dehors, le monde est en colère, chaque jour apporte son nouveau lot de violence, de haine, de racisme… Être Feel Good ? Quitte à se laisser aveugler par le soleil du Bien et retirer des rayons les livres qui dérangent ? Quel en sera le prix ?

Dialogues hilarants. Situations justes et si souvent vraies, où l’ironie se mêle à la tendresse moqueuse.

Son avis :
Une fable pertinente et drôle qui démontre par l’absurde les ravages du wokisme.

L’histoire se déroule dans une maison d’édition nommée « FEEL GOOD », où le personnage principal est chargé de diriger le pôle « sensibilités ».

Son rôle consiste à repérer et éliminer tout langage ou contenu pouvant offenser, heurter ou choquer la sensibilité du lecteur.

Toute à la joie de sa promotion, l’héroïne s’implique dans son travail avec exaltation et instaure un protocole au sein de son service qui ne tolère de la part de ses membres aucun écart de bienséance, veillant ainsi au respect scrupuleux de l’esprit « feel good ».


Chaque chapitre peut être lu comme une fable, on assiste à la délibération hebdomadaire du comité de lecture qui doit se prononcer pour ou contre l’éradication d’un mot litigieux, estampillé irrespectueux par les réseaux sociaux et suspecté de pouvoir mettre mal à aise le lecteur.

Le mot jugé inapproprié est définitivement banni et remplacé par un autre plus confortable. La charte « feel good » à l’issue de la réunion s’enrichit d’un nouvel article et les membres qui n’ont pas voté ou ont contesté la décision sont licenciés sur le champ !

Et pendant ce temps, grâce à la popularité de « Feel Good » sur les réseaux sociaux et médiatiques, la société prospère et s’apprête à être cotée en bourse.

Rien de tel que l’humour pour révéler l’absurdité de la culture de l’annulation et démontrer que pousser à l’extrême cette dictature de la bien-pensance n’est rien d’autre qu’une censure déguisée.

Non seulement le roman ridiculise le wokisme et, mais il en souligne également les dangers. En effet, en aseptisant le vocabulaire, on étouffe le sens critique et en lissant les émotions, on annihile toute volonté de révolte.

À défaut de s’attaquer aux causes profondes des maux de la société, ceux-ci persistent et s’amplifient, tandis que nos vanités s’accommodent de succès virtuels, et d’instants de révoltes éphémères.

Une lecture divertissante et pertinente.

Sa note : 4/5

Le début du livre 16 pages

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